Wyclef Jean – Mr. October (feat. G Herbo)
« Mr. October », sorti le 29 mai 2026, est un single de Wyclef Jean avec G Herbo.

Le Natives Tongues est l’un des mouvements les plus créatifs du Hip-Hop new-yorkais de la fin des années 1980 et du début des années 1990. Plus qu’un simple sous-genre, il désigne une communauté artistique réunissant des rappeurs et des groupes partageant une même volonté de repousser les codes du rap dominant. Leur approche associe lyrisme, humour, conscience sociale, expérimentation musicale et influences Jazz, Funk et Soul, tout en défendant une vision ouverte et positive de la culture Hip-Hop.
Le mouvement se construit notamment autour de A Tribe Called Quest, De La Soul et Jungle Brothers, avant de s’élargir à d’autres artistes comme Queen Latifah, Monie Love, Black Sheep ou Leaders of the New School. À une époque où le rap se structure autour de courants de plus en plus affirmés, les Native Tongues proposent une alternative fondée sur la créativité, la curiosité et la diversité.
L’une des signatures du Natives Tongues réside dans son utilisation particulièrement inventive du sampling. Les producteurs puisent dans le Jazz, la Soul et le Funk pour construire des productions riches, parfois chaleureuses et délibérément éloignées des sonorités plus agressives du Hardcore Rap.
A Tribe Called Quest devient l’un des symboles de cette approche. Avec People’s Instinctive Travels and the Paths of Rhythm puis surtout The Low End Theory, le groupe associe les basses profondes du Hip-Hop aux sonorités du Jazz, donnant une place essentielle à la musicalité et au groove.
La présence de Ron Carter sur The Low End Theory illustre parfaitement cette volonté de rapprocher le rap et le Jazz. Le Hip-Hop ne se contente plus de sampler le passé : il dialogue directement avec des musiciens issus de cette tradition.
De La Soul apporte une autre dimension au mouvement. Avec 3 Feet High and Rising, le trio composé de Posdnuos, Trugoy et Maseo construit un univers extrêmement libre, où les samples, les jeux de mots, l’humour et les références culturelles se mélangent sans respecter les formats habituels.
Le groupe démontre alors qu’un album de rap peut être à la fois accessible, expérimental et profondément original. Son esthétique colorée et son écriture ludique contrastent avec l’image plus dure du rap qui domine une partie de la scène américaine à la même période.
Cette liberté devient l’un des principes fondamentaux du Natives Tongues : le rap peut être sérieux sans être austère, conscient sans être didactique et engagé sans abandonner l’humour.
Les Jungle Brothers participent eux aussi à la construction du mouvement dès la fin des années 1980. Leur musique mélange Hip-Hop, Funk, Jazz et influences House, tout en développant une approche particulièrement ouverte de la culture musicale new-yorkaise.
Avec Straight Out the Jungle, le groupe contribue à définir une nouvelle manière de concevoir le rap, moins centrée sur la confrontation et davantage tournée vers l’expérimentation et la collaboration.
Les Jungle Brothers jouent également un rôle important dans les connexions entre les différents acteurs de la scène, contribuant à faire du Natives Tongues un véritable réseau artistique plutôt qu’une simple association stylistique.
Queen Latifah occupe une place essentielle dans cette histoire. Son album All Hail the Queen associe rap, Jazz, Soul et Reggae tout en affirmant une identité forte et une écriture engagée.
Elle utilise notamment sa musique pour défendre l’autonomisation des femmes, le respect et la justice sociale, à une époque où les voix féminines disposent encore d’une visibilité limitée dans le Hip-Hop.
Sa présence rappelle que le Natives Tongues ne constitue pas seulement une scène masculine : le mouvement défend également une conception plus inclusive du Hip-Hop et contribue à ouvrir l’espace à de nouvelles voix.
Le Natives Tongues se distingue également par son approche de l’écriture. Les artistes privilégient souvent les jeux de mots, les métaphores, l’humour et les références culturelles, plutôt que la seule démonstration de force.
Cette richesse permet aux MCs de développer des personnalités très différentes tout en partageant une même philosophie artistique. Le rap devient un espace d’expression où l’intelligence, la curiosité et l’originalité peuvent être mises en avant.
Le mouvement porte également une certaine idée de la communauté. Les collaborations entre groupes et artistes sont nombreuses et permettent de créer un véritable écosystème autour de cette nouvelle approche du Hip-Hop.
L’influence des Native Tongues dépasse largement leur période d’activité la plus importante. Leur manière de concevoir le sampling, le rapport entre rap et Jazz, ainsi que leur liberté artistique ont profondément marqué les générations suivantes.
Des artistes très différents, du rap alternatif au Hip-Hop conscient, ont repris certains de leurs principes. Leur influence se retrouve également dans la production moderne, notamment dans l’utilisation de samples Jazz et Soul et dans l’importance accordée à la musicalité.
Le Natives Tongues a surtout démontré qu’il était possible de faire évoluer le Hip-Hop sans abandonner ses fondamentaux.
Le Natives Tongues ne se résume donc pas à un style de production ou à quelques artistes emblématiques. Il représente une période durant laquelle une partie du Hip-Hop new-yorkais cherche à élargir ses possibilités artistiques et culturelles.
A Tribe Called Quest, De La Soul, Jungle Brothers et Queen Latifah en sont parmi les figures majeures, mais leur véritable héritage réside dans une philosophie : considérer le Hip-Hop comme un espace de créativité, de connaissance, de partage et d’expérimentation.
En mêlant Jazz, Funk, Soul, humour, lyrisme et conscience sociale, le Natives Tongues a contribué à faire du Hip-Hop bien plus qu’une musique de rue. Il a démontré qu’un rap intelligent, musical et profondément original pouvait toucher un large public tout en conservant l’esprit indépendant et créatif qui faisait la richesse de la culture Hip-Hop.