Pittsburgh (Pennsylvania)
Pittsburgh : le Hip-Hop d’une ville qui refuse les cases
Pittsburgh n’est ni New York, ni Los Angeles, ni Atlanta. Longtemps davantage identifiée au Rock, au Jazz et à son passé industriel, la ville a pourtant développé une scène Hip-Hop particulièrement soudée, qui a fini par produire deux stars internationales en quelques années : Wiz Khalifa et Mac Miller. Leur trajectoire a changé la perception de Pittsburgh dans le rap américain, mais elle ne doit pas faire oublier tout ce qui existait avant eux (ni les artistes qui ont tenté de reprendre le flambeau).
Une scène longtemps dans l’ombre
Dans les années 1980 et 1990, Pittsburgh possède déjà ses DJs, ses radios, ses petits labels et ses artistes locaux, mais reste largement en dehors des grands circuits du rap américain. La ville ne correspond à aucune des grandes régions traditionnellement identifiées au Hip-Hop : Eastcoast, Westcoast, Midwest ou Sud. Cette position géographique et culturelle contribue à son isolement.
Des artistes comme Jazzi Love, figure féminine importante de la scène locale des années 1980, ou des structures comme Ruff Chemistry participent pourtant à cette première histoire. La scène reste essentiellement locale et underground.
Rostrum Records change la donne
Le véritable tournant arrive avec Rostrum Records, label indépendant fondé à Pittsburgh par Benjy Grinberg. Le label repère un jeune Wiz Khalifa, alors adolescent, et accompagne son développement dès le milieu des années 2000.
Wiz Khalifa publie notamment « Prince of the City: Welcome to Pistolvania » puis « Show and Prove ». Son parcours illustre l’importance nouvelle d’Internet et des mixtapes : un artiste provenant d’une scène régionale peut désormais construire une audience nationale sans passer immédiatement par les grands labels new-yorkais ou californiens.
Wiz Khalifa : Pittsburgh devient une identité
Avec « Black and Yellow », Wiz Khalifa transforme littéralement Pittsburgh en marque Hip-Hop. Le morceau, sorti en 2010, devient un hymne associé aux couleurs des équipes sportives de la ville et atteint la première place du Billboard Hot 100.
Son succès est important pour une raison particulière : Wiz Khalifa ne cherche pas à effacer son origine géographique. Pittsburgh devient au contraire une composante de son identité artistique.
Pour la première fois, la ville dispose d’une superstar du rap capable de la représenter à l’échelle nationale et internationale.
Mac Miller : l’autre visage de Pittsburgh
Quelques années plus jeune, Mac Miller suit une trajectoire parallèle. Originaire de Pittsburgh, il commence à enregistrer très tôt et se rapproche lui aussi de Rostrum Records.
« The High Life », « K.I.D.S. » puis « Best Day Ever » construisent progressivement sa réputation sur Internet. Lorsque Blue Slide Park sort en 2011, Mac Miller devient le premier artiste indépendant depuis plusieurs années à placer un album directement au sommet du Billboard 200.
Mais son importance dépasse largement ses premiers succès. Au fil des albums, il abandonne progressivement l’image du jeune rappeur de Pittsburgh pour devenir un musicien beaucoup plus expérimental, travaillant le Jazz, le Funk, le Soul et les instruments live.
ID Labs et l’écosystème local
L’histoire de Wiz Khalifa et Mac Miller ne repose pas uniquement sur leur talent individuel. ID Labs, studio fondé à Pittsburgh par E. Dan, devient l’un des centres de cette nouvelle scène.
Le studio accueille notamment Wiz Khalifa et Mac Miller, mais également toute une génération de producteurs et d’artistes locaux. E. Dan, Big Jerm et Sayez forment progressivement une équipe de production qui participe à la construction du son de cette période.
Cette infrastructure explique en partie pourquoi Pittsburgh réussit alors à produire plusieurs artistes importants simultanément : les artistes travaillent ensemble, partagent les studios et font circuler les opportunités.
Jimmy Wopo : le « next up » de Pittsburgh
Après Wiz Khalifa et Mac Miller, Jimmy Wopo devient l’un des artistes les plus prometteurs de la ville.
Originaire du Hill District, Jimmy Wopo connaît une forte progression au milieu des années 2010 grâce notamment à Internet et aux plateformes de streaming. En 2017, le Pittsburgh Post-Gazette le présente comme l’un des jeunes artistes susceptibles de devenir la prochaine grande star issue de la ville.
Sa mort en 2018, à seulement 21 ans, intervient quelques mois avant celle de Mac Miller. Ces deux disparitions successives bouleversent profondément la scène locale et interrompent une période où Pittsburgh semblait enfin disposer d’une nouvelle génération capable de prendre le relais.
Une scène qui cherche encore son nouveau visage
Après l’explosion de Wiz khalifa et Mac Miller, Pittsburgh connaît paradoxalement une période plus compliquée. La ville possède toujours de nombreux artistes, mais aucun n’a réussi à reproduire leur impact international.
Frzy, Beedie, Benji., Kellee Maize et d’autres artistes ont néanmoins contribué à maintenir une scène active et indépendante. Les Pittsburgh Hip-Hop Awards jouent également depuis longtemps un rôle de soutien et de visibilité pour les artistes locaux.
La scène contemporaine reste donc très diverse, mais surtout très locale. Pittsburgh continue de produire des artistes qui travaillent en dehors des grands circuits de l’industrie et qui construisent leur public progressivement.
Pittsburgh, une scène à part
L’histoire de Pittsburgh est intéressante justement parce qu’elle ne correspond pas aux grandes catégories habituelles du rap américain. La ville n’a jamais véritablement développé un « Pittsburgh Sound » comparable au G-Funk de la Westcoast ou au boom bap de l’Eastcoast.
Son identité repose davantage sur son indépendance, ses réseaux locaux et sa capacité à créer des carrières en dehors des grands centres.
Wiz Khalifa a donné à la ville son premier véritable phénomène mondial. Mac Miller a ensuite démontré qu’un artiste de Pittsburgh pouvait évoluer bien au-delà du rap et devenir un musicien reconnu pour sa créativité. Jimmy Wopo incarnait déjà une nouvelle génération avant sa disparition.
Pittsburgh reste donc une scène atypique du Hip-Hop américain : longtemps isolée, rarement considérée comme un centre majeur, mais capable de produire des artistes dont l’impact dépasse largement les frontières de la Steel City.
Pour aller plus loin : Les scènes Hip-Hop qui font vibrer les USADe New York à Los Angeles, de Detroit à Atlanta, découvrez les villes et les territoires qui ont façonné l’histoire du Hip-Hop aux États-Unis. Consulter

