Tory Lanez – Crodie From The 9 // Guy In My City
« Crodie From The 9 // Guy In My City » est un titre de Tory Lanez, issu de l’album « Made You

La Canadian Trap ne constitue pas un genre totalement indépendant, mais plutôt l’adaptation des codes de la Trap américaine aux différentes scènes urbaines canadiennes. Si Toronto en est le principal foyer, Montréal et Vancouver participent également à cette évolution, chacune avec son histoire, ses influences et ses particularités. La Trap y rencontre notamment le R&B, le Dancehall, les cultures caribéennes, le Hip-Hop local et, selon les régions, le rap francophone ou les influences de la côte Pacifique.
Cette scène s’est surtout développée au cours des années 2010, lorsque le Canada a commencé à imposer ses artistes et ses producteurs sur la scène internationale. La Canadian Trap ne consiste cependant pas à reproduire le modèle d’Atlanta. Elle l’adapte à un environnement multiculturel et à une génération qui écoute simultanément le rap américain, le R&B, le Dancehall, le UK Rap et les nouvelles tendances venues d’Internet.
Toronto constitue le principal centre de cette scène. La ville possède une longue histoire Hip-Hop, mais son identité contemporaine s’est particulièrement construite autour du rapprochement entre rap, R&B et cultures caribéennes.
L’empreinte de Drake est évidemment majeure dans cette évolution, mais elle ne résume pas à elle seule la transformation de Toronto. Des producteurs comme 40, Boi-1da et T-Minus ont participé à installer une esthétique reconnaissable, fondée sur des productions atmosphériques, des basses profondes et une place importante accordée aux mélodies.
Cette évolution a créé un environnement particulièrement favorable à des artistes comme NAV, Tory Lanez, 88GLAM, Pressa, KILLY, K Money, Casper TNG, Duvy, Lil Berete ou Road Runner. Certains sont fortement liés à la Trap et au street rap, d’autres naviguent davantage entre rap, R&B et musique mélodique.
Parler d’un véritable « Toronto sound » reste toutefois réducteur. La ville possède plutôt une culture sonore commune, dans laquelle la Trap, le R&B et les influences caribéennes se mélangent constamment.
Les voix mélodiques, l’Auto-Tune, les productions sombres ou atmosphériques et les refrains chantés sont particulièrement présents. Cette approche a contribué à faire de Toronto l’un des grands centres mondiaux du rap mélodique.
La scène street a ensuite développé cette identité dans une direction plus brute. Pressa, K Money, Casper TNG, Duvy, Lil Berete, Booggz ou Kgoon utilisent davantage les codes du street rap et de la Trap, tout en conservant certaines caractéristiques vocales et mélodiques propres à la ville.
L’une des particularités fondamentales de Toronto réside dans son environnement culturel. La ville possède une importante population issue des Caraïbes et les influences jamaïcaines, trinidadiennes et plus largement caribéennes occupent une place importante dans la culture locale.
Cette influence se retrouve dans les rythmes, les expressions, les intonations et la manière de poser la voix. Elle permet à la Trap torontoise de se différencier de ses équivalents américains.
Le Dancehall et l’Afro-Caribbean music ne sont donc pas simplement des influences extérieures. Ils font partie du paysage musical de la ville et peuvent naturellement se mélanger au Hip-Hop.
La Canadian Trap possède également une importante dimension street. Toronto a développé une génération d’artistes dont les textes sont directement liés aux quartiers, aux rivalités, à l’argent et aux réalités de la rue.
Cette dimension a notamment contribué à l’émergence de formes proches de la Drill, mais il serait réducteur de résumer le rap torontois à cette seule influence. Trap, street rap, Drill, R&B et rap mélodique coexistent dans la ville.
Cette diversité explique la présence d’artistes comme Duvy, Pressa, K Money, Casper TNG, Lil Reek, J Gooch, Kay Bandz ou Friyie dans la cartographie de la Canadian Trap.
Montréal constitue le deuxième grand pôle de la scène canadienne. Son environnement est très différent de celui de Toronto, notamment en raison de la place du français et de la relation particulière du Québec avec les cultures musicales européennes.
La scène montréalaise peut ainsi mélanger Trap américaine, R&B, Hip-Hop québécois et influences du rap francophone. L’anglais, le français et différentes expressions issues des communautés multiculturelles de la ville peuvent se retrouver dans un même environnement musical.
Des artistes comme Planet Giza, Dimi, Dom Vallie, JxmesLxmb, Karma Sutra, K-Cuzz, Tuck ou Unimerce illustrent cette diversité.
Montréal ne constitue donc pas une simple extension francophone de Toronto. La ville développe ses propres codes et son propre rapport à la Trap.
À l’autre extrémité du pays, Vancouver apporte une troisième dimension.
Sa proximité avec la côte Ouest américaine facilite les échanges avec les scènes de Seattle et de Californie, tandis que la ville possède une importante culture indépendante et numérique.
bbno$ représente particulièrement bien cette approche. Son parcours, construit en partie autour d’Internet, montre comment un artiste canadien peut s’affranchir des circuits traditionnels et développer directement une audience internationale.
Manila Grey illustre quant à lui une approche plus mélodique et atmosphérique, située à la rencontre du R&B, du Hip-Hop et de la musique électronique.
Les producteurs jouent un rôle majeur dans cette histoire. Murda Beatz est probablement l’exemple le plus emblématique de cette capacité canadienne à influencer directement la Trap américaine.
Originaire de l’Ontario, il s’est imposé auprès de nombreux artistes internationaux et a notamment travaillé avec Migos, Drake et Travis Scott. Son parcours démontre que la circulation des influences fonctionne désormais dans les deux sens.
À ses côtés, Keys N Krates, KyleYouMadeThat et d’autres producteurs participent à un écosystème où la production occupe une place centrale.
Le Canada n’est donc plus seulement un territoire qui importe les tendances américaines. Ses producteurs contribuent eux-mêmes à façonner le son du rap contemporain.
L’un des points communs les plus visibles de la Canadian Trap reste la place accordée à la mélodie.
La proximité historique entre Hip-Hop et R&B a favorisé une approche dans laquelle les rappeurs peuvent facilement passer du couplet rappé au refrain chanté. Les traitements vocaux, l’Auto-Tune et les harmonies occupent une place importante.
Cette caractéristique se retrouve chez NAV, 88GLAM, Tory Lanez, Anders, Preme ou Pressa, même si leurs univers sont très différents.
La Canadian Trap possède ainsi une identité souvent plus mélodique que certaines scènes américaines, sans pour autant abandonner les basses et les structures du genre.
Le multiculturalisme constitue enfin l’un des éléments essentiels de cette identité. Toronto et Montréal concentrent des populations issues de nombreuses communautés, ce qui favorise la rencontre entre cultures musicales.
Les artistes canadiens peuvent être influencés simultanément par Atlanta, New York, Londres, les Caraïbes, l’Afrique ou leur propre environnement local.
Cette circulation explique en partie pourquoi la Canadian Trap est difficile à réduire à un son précis. Elle repose davantage sur une manière de combiner les influences.
La scène rassemble aujourd’hui plusieurs générations. À Toronto, NAV, Tory Lanez, Pressa, KILLY, K Money, Casper TNG, Duvy, Lil Berete, Booggz, Friyie, Road Runner, Kay Bandz et 88GLAM représentent différentes facettes du rap et de la Trap locale.
La scène plus mélodique et R&B comprend notamment Anders, Preme, Tasha The Amazon, ShaqIsDope ou Reina Reign, tandis que des artistes comme Planet Giza, Dom Vallie, Dimi, JxmesLxmb, Karma Sutra et Unimerce participent à la diversité de la scène montréalaise et canadienne.
À Vancouver, bbno$ et Manila Grey incarnent une approche plus indépendante et connectée aux cultures numériques et à la côte Pacifique.
À cette génération d’artistes s’ajoutent de nombreux producteurs et artistes émergents qui entretiennent des liens permanents entre les différentes villes canadiennes.
La Canadian Trap s’est finalement construite à la rencontre de plusieurs cultures. Toronto lui apporte son mélange de Trap, R&B et influences caribéennes ; Montréal ajoute la dimension francophone et ses échanges avec le rap européen ; Vancouver développe une approche plus indépendante et tournée vers la côte Pacifique.
À cela s’ajoute une génération de producteurs capables de circuler entre les scènes canadiennes et américaines.
La Canadian Trap n’est donc pas simplement une Trap américaine déplacée vers le nord. Elle constitue une appropriation canadienne des codes du genre, façonnée par le multiculturalisme, la mélodie, les cultures caribéennes et la circulation permanente des influences.
De NAV à Pressa, de KILLY à Duvy, de 88GLAM à bbno$ et Manila Grey, une nouvelle génération a progressivement donné au Canada une place qui n’est plus celle d’un simple voisin des États-Unis.
La Trap est venue d’Atlanta, mais au Canada, elle a trouvé une autre voix.